samedi 8 avril 2017

Diagnostic fatal ?

       Fallait-il opérer ? Le retour de l’analyse était sans appel : une chance de survie, certes minime, contre une certitude de mort. L’intervention serait longue, délicate, et douloureuse car sans anesthésie possible ; la convalescence difficile.  Amputations et greffes avec possibilité de rejets. Sur un enfant si jeune une chirurgie qui ressemblait à de l’acharnement thérapeutique ? À moi seul appartenait la responsabilité de décider. Trois semaines, dans un mutisme total sur le sujet, pour y parvenir. 

Guérison ou rémission provisoire, trop tôt pour se prononcer, tout ce que l’on peut dire aujourd’hui est que le malade survit et qu’il donne des signes encourageants. Après avoir beaucoup maigri, il reprend notamment du poids. Oui, mon manuscrit est toujours sur ma table et s'épaissit, des feuilles en remplaçant progressivement d’autres car il ne s’agit que de cela; :-)

      J’avais quasiment fini d’écrire un nouveau roman, quand j’ai eu la périlleuse idée de le soumettre à la lecture d’une psy pour vérifier la cohérence et la vraisemblance des comportements de mon héroïne. Blessure d’orgueil ? Le « retour » pourtant soigneusement modéré fut un choc. « Vous avez un cancer généralisé, mais vous allez guérir.», telle fut l’interprétation d’un esprit toujours si naturellement optimiste ! Bien décidé à tenir compte du conseil sollicité, j’ai été très tenté de mettre mon ouvrage - faute d'être une oeuvre -  à la corbeille (Il y finira peut-être d’ailleurs, on ne sait jamais.), plutôt que de procéder à cette indispensable auto-mutilation préconisée.

    Passé le temps de la cicatrisation, j’ai repris mon travail. Dans ma tête, une simple tentative qui me semblait d’autant désespérée qu’elle me demandait d’accepter préalablement la mutilation sacrificielle d’écrits, déjà binés et modelés, que j’aimais comme un parent son enfant. Ces suppressions faites - par cette maudite touche en haut à droite du clavier - j’ai bien tenté de mettre des pansements en comblant les blancs couche par couche, une phrase par ci un paragraphe par là, mais après avoir passé des heures à penser et écrire d’une manière, mon esprit résiste à imaginer une scène substitutive et plus encore à la formuler autrement. Par effet de dominos, c’est en fait tout un ensemble, tombé lambeau par lambeau, que j’ai en fin de compte repris entièrement et réorganisé. Peu à peu apparaît maintenant une histoire, pas fondamentalement différente de la précédente et qui reste mienne, sous un éclairage moins violent et moins romanesque pour en être plus authentique et plus charnelle…enfin, c’est ainsi que je la perçois, bien qu’elle soit loin d’être achevée. 

    Effacer, rayer, déplacer, synthétiser, réinventer, et surtout comprendre et aimer assez pour justifier les mots, est-cela l’écriture ? Elle est si exigeante qu’il faut être non seulement impudique mais encore bien immodeste pour se croire publiable !

   Lilou (titre provisoire et nom de mon héroïne) survivra-t-elle à toute cette chirurgie ? Vous le saurez peut-être lors du prochain épisode. 


Merci mille fois à ma lectrice qui se reconnaîtra et à qui je dédie ce billet d’humour.

mardi 31 janvier 2017

Le moment de vérité

Moi, romancier Nantais, qu'allais-je faire sur les terres du Champsaur ?
Tous les Gapençais connaissent le village de Chaudun et ont une version personnelle de son histoire.   J'avais accepté de m'y rendre pour la sortie de mon livre, tout en redoutant un peu, je l'avoue, ce moment de vérité.
Premier temps, en tant qu'invité de la Médiathèque de Gap, celui de la conférence, largement annoncée par le Dauphiné libéré. Vu la concurrence du Rallye de Monte-Carlo qui faisait étape ce jour-là, et la météo, je craignais une salle désertique. Elle fut pleine. (mais petite, 50 personnes, n'exagérons rien, je ne suis pas du midi ! ) Participation à la fois intimidante (tous des connaisseurs) et réconfortante (j'aurais eu l'air de quoi si personne n'était venu ?)
Second temps, les dédicaces en librairie. Plus encore qu'un succès de vente, ce fut une matinée de riches et sympathiques rencontres, chacun voulant raconter le rapport de sa famille à ce village. L'ascendant d'un tel a été le dernier-né avant le grand départ des villageois, une telle vient d'une grande famille Chaudunière, tel autre fut forestier... tant et si bien que certaines de ces personnes firent connaissance devant moi, surprises de leur mémoire commune et partirent à la brasserie d'à-côté poursuivre la discussion, mon livre dédicacé sous le bras.

Restait à savoir si "Le destin brisé d'un village français" ne trahissait pas leur mémoire, malgré mes intentions. Les remerciements, recommandations faites les uns aux autres et les ventes qui se prolongent m'ont rassuré. Alors fierté ? Satisfaction est plus juste. Trois années de travail concrétisées et reconnues. Je sais qu'un historien local travaille (depuis longtemps) à  un livre sur le même sujet, mais - s'il sera certainement plus encore documenté que le mien - il ne fera pas revivre le village, comme un romancier peut le faire.

Il m'a été demandé d'écrire une suite ! Mais non. Je suis passé à un tout autre sujet, un tout autre style.

L'éditeur est content, après seulement 4 mois de ventes il en est  au second tirage.

Un léger regret tout de même, j'aurais aimé voir ce roman distribué par exemple par chez moi. (Nul n'est donc jamais prophète dans son pays ?)
 Certes l'histoire est très localisée mais la trame romanesque ne l'est pas, ses personnages pleurent, rient, aiment, meurent.  En outre ceux de mes amis qui m'ont lu m'affirment ne pas avoir lâché le livre avant la fin. 
 En fait, et c'est normal, il se vend bien dans le secteur de distribution de TDO, c'est à dire tout le Sud de la France (et pas seulement dans le Gapençais).
C'est un choix que j'ai fait dés le manuscrit terminé et je l'assume d'autant que cet éditeur a eu à cœur de bien faire sa part du travail et de défendre ce roman, ce qui me change de mes expériences précédentes. Qui plus est plusieurs projets de diffusion nationale trottent dans sa tête, alors pourquoi pas ?

Mon premier éditeur n'avait pas de diffuseur.

Mon second a perdu le sien avant la publication de mon livre.
Mon troisième (TDO) fait le tout bien, mais régionalement.
Qui sera l'éditeur du quatrième ? Grasset ? Gallimard ? :-) Le rêve est nécessaire à la vie.

ps: Si vous aimez ce livre, dîtes le sur Amazon ou la FNAC, merci.

vendredi 21 octobre 2016

Le destin brisé d'un village français

Le 1er avril 1896, tous les habitants de Chaudun quittaient volontairement leur village, laissant derrière eux une chapelle commémorative  et leurs maisons, vides de meubles et portes ouvertes. Pourquoi et comment en sont-ils arrivés là ?

Trois ans de recherches, de fouilles d'archives, de rencontres et de travail d'écriture pour que ce roman historique sorte enfin en librairie !

Pourquoi avoir choisi ce village si loin de chez moi ?  Mon premier objectif était d'écrire une histoire de trajectoires individuelles bouleversées par un destin collectif quand je suis tombé, un peu par hasard, sur le blog d'un historien gapençais éveillant ma curiosité.

  •  La disparition de Chaudun a pour  singularité d'avoir été voulue — et non subie — par ses habitants.
  •  La requête d'expropriation nécessitait la signature de l'unanimité des propriétaires, d'où  d'inévitables conflits.
  • L'attente fut si longue avant que l'accord de l'État soit enfin obtenu que les jeunes s'exilaient, les cultures étaient abandonnées et la pauvreté s'aggravait encore. Le rêve devenait-il une chimère ?
  • Cette histoire du 19ème siècle a d'étonnantes résonances politiques et économiques avec notre époque. 
  • Par cette décision commune, chacun choisissant de quitter la terre de ses aïeux, un autre avenir s'annonçait, de nouveaux espoirs naissaient.
Voilà pourquoi je me suis attelé à cette histoire que je voudrais maintenant vous faire partager en vous invitant à vivre, au fil des pages, les dernières années du village de Chaudun. Je me suis attaché à rester au plus près de la vérité historique et vous lirez beaucoup d'anecdotes réelles là où elles vous le paraîtront peut-être le moins. Mon imagination de romancier n'a fait que combler les vides pour restituer l'humanité de cette chronique.

Bonne lecture.

PS. Par gratitude envers tous ceux qui m'ont aidé et accueilli, j'ai tenu à paraître chez un éditeur régional du Sud. En conséquence ce livre ne se trouvera pas à l'étal de toutes les "bonnes librairies" de France, sauf à le commander. Il est également disponible chez Amazon, la FNAC et mieux encore directement chez l'éditeur qui vous offre les frais de port: http://www.tdo-editions.fr  

mercredi 2 mars 2016

Regard

  • Publicité d'une société de Pompes funèbres: "Mourir ne doit pas être un luxe" Vivre, non plus ! Combien d'enfants pourraient manger à leur faim avec l'argent de nos cercueils, couronnes, fleurs et autres  inutilités ? Après le mariage gay, voici l'enterrement gai !
  • Vivre c'est être ému. Pourquoi l'est-on de plus en plus facilement en vieillissant ? 
  • Quand on dit d'un homme qu'il a aimé la vie, on signifie qu'il était un homme à femmes. C'est une forme de sexisme obsessionnel, non ?
  • Il parait que la plus belle année de sa vie c'est celle en cours. Je ne suis pas d'accord. Mes plus belles sont derrière moi et de plus en plus loin, à n'être que des souvenirs jaunis.
  • Je deviendrais un vieillard épouvantable à vivre si je devais le devenir. Hélas ! Je le deviens...peut-être pas encore tout à fait épouvantable ?
  • Mon corps est devenu progressivement allergique au gluten , ma peau aux allergènes et mon esprit  à la vie. Progressivement.
  • Avec  tout le sperme que j'aurai pu dépenser, j'aurais fondé une colonie. Avec tout l'argent que j'aurais pu gagner, j'aurais vécu très riche ou sauvé un pays d'Afrique. Avec tout le temps que j'aurais pu éviter de gaspiller, j'aurais vécu une seconde vie. Avec toutes les larmes que j'ai laissé couler, j'aurais verdi le Sahara.
  • Jour d'optimisme: (Oui, ça m'arrive !) Quand on décide au lever que ça va aller, ça va déjà mieux.
  •  Promis, juré, mon prochain article ne sera que souriant. Oui, je le peux ! La preuve: je vous présenterai "Les folles journées de l'île de Nantes", un roman rocambolesque qui paraîtra d'ici la fin du mois. 

lundi 25 janvier 2016

Flânerie

  • Le nouveau-né a raison de protester car la vie n'est qu'une longue succession de blessures avec des temps de remissions plus ou moins longs.
  • La vie n'est pas toujours rose car on y prend beaucoup de bleus. Rose et bleu donnent le violet, la couleur de la pénitence.
  • Plus je vieillis plus j'ai le torticolis à regarder derrière pour ne pas me cogner contre le mur qui est devant.
  • Si l'homme est un prédateur, il sait aussi de mieux en mieux s'auto-détruire. Cette capacité finira peut-être par sauver la planète à défaut de notre espèce.
  • La démocratie est le pouvoir du peuple par le vote . Ce dernier vient du latin "votum" qui signifie étymologiquement "voeux pieux". Les promesses électorales n'engagent bien que ceux qui y croient !
  • Entendu: "Entre rêver sa vie ou la vivre il faut choisir." Belle phrase de cinéma mais je ne suis pas d'accord. Les grands destins partent d'un rêve. "J'ai fait un rêve..."
  • Une femme, la bonne soixantaine, après m'avoir piqué ma place de parking de manière grossière, a voulu se justifier ainsi: "Ce n'est pas parce que vous êtes vieux que vous avez raison."  Merci ! Il est vrai que la bêtise, elle, n'a pas d'âge. Donc plus d'illusions : le "Vous ne faîtes vraiment pas votre âge!" n'est bien qu'une gentille flatterie des amis. Sincèrement ? J'y croyais encore un peu.
  • Pour me remonter le moral:  "Les rocambolesques journées de l'île de Nantes" seront en librairie fin février, l'histoire de Chaudun en septembre. Oui, mais à relire l'épreuve du premier, ne devrais-je pas la reprendre pour l'améliorer ? Perfectionnisme ou pessimisme ?

dimanche 25 octobre 2015

Faut-il accepter de viellir ?

Deuxième chance. 

  • Si j'avais de nouveau 20 ans, j'apprendrais à danser le Charleston et à faire du Kite Surf.
J'ai flirté avec ma vie et créé un club de voile. Pas si mal, mais j'aurais pu.
  • Si j'avais de nouveau 30 ans, je ferais le tour du monde à la voile et en solitaire. 
À cet âge je me suis construit une vie professionnelle. Pas si mal, mais j'aurais pu.
  • Si j'avais 40 ans, j'irais en Afrique construire des écoles. 
J'ai déprimé comme un con alors que j'avais 3 enfants. Pourtant pas si mal, mais j'aurais dû.
  • Si j'avais 50 ans, je danserais encore le Charleston et j'essayerais de me rendre utile à la société.
J'ai fait du syndicalisme professionnel, pas si mal. Je n'ai pas dansé le Charleston, j'aurais dû.
  • Si j'avais 60 ans, je me contenterais de faire le tour de la Corse à la voile et en solitaire. 
 J'ai fait seulement l'île dYeu et à deux, Pas si mal, mais j'aurais pu.
  • Si j'avais 70 ans en ayant fait tout ça, je fermerais boutique.
Oui, mais je n'ai pas fait tout ça. J'ai vendu le bateau, j'ai trop mal partout pour danser quoi que ce soit et il est trop tard pour que je sauve le monde.  Alors maintenant, je fais quoi ?

                                                                        *****

Visite médicale.

- Docteur, je m'essouffle.
- C'est normal. Le cœur se fatigue à partir d'un certain âge.
- Docteur, mes doigts se déforment.
- Je ne peux rien pour vous. C'est  l'arthrose de l'âge.
- Docteur, mes nuits sont de plus en plus courtes.
- Faîtes avec, de toute façon le besoin de sommeil se réduit avec l'âge.
- Docteur, je n'entends plus très bien d'une oreille.
- Je peux vous faire appareiller comme beaucoup de gens de votre âge.
- Docteur, j'ai des trous de mémoire.
-  Rassurez-vous ce n'est pas Alzheimer. Juste le cerveau qui est moins bien irrigué avec l'âge.
- Docteur, combien je vous dois ?

                                                                    *****

En y réfléchissant un peu. 

Je ne voudrais pas faire preuve de pessimisme ni décourager ceux et celles qui se battent à coup de crèmes, de gym et de chirurgie, mais enfin, quoi qu’on fasse, la vieillesse est une histoire qui finit toujours mal ! 

Ça commence par des petits renoncements dont on veut se convaincre qu'ils permettront de vivre mieux et plus longtemps. En réalité chacun d'eux sonne le décompte à rebours avant le crash et  ils sont une privation de liberté  et une réduction du plaisir de vivre, de plus en plus insupportables. 
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Vivre plus longtemps est un objectif dérisoire, ridicule et inutile que nous vend  la société de consommation. L'infini du temps avant notre naissance et après notre mort rend la durée de notre vie insignifiante. Un peu plus, un peu moins est aussi peu important que la traversée d'une fourmi sur une autoroute. 
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Il peut se produire qu'un jour l'homme découvre l'éternité: merci la science ! Seulement voilà,  nous savons également que le temps de notre univers, lui, est imparablement 'fini' et qu'il disparaîtra dans un immense trou noir dans quelques milliards d'années, à une date déjà calculée par d'autres scientifiques. Mon optimisme naturel me laisse penser que nous aurons détruit nous-mêmes notre terre bien avant !    
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Maintenant, des jeunes et - plus vexant encore - des moins jeunes, se lèvent dans le bus pour me céder leur place. Passe encore pour mon épouse par galanterie, mais moi, je ne leur ai rien demandé ! grrr... Le pire est que je dois accepter, mon dos et mes jambes  disant merci à ces traitres ! Quand viendra leur tour, ils comprendront la félonie de ce geste de bonne éducation.
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  • On ne me dit plus que je suis en forme, mais que je ne parais pas mon âge. C'est de la compassion.
  • On ne me demande plus ce que je fais dans la vie, mais ce que je faisais... Donc, je ne sers plus à rien ?
  • Vieillir c'est se demander à chaque fois que l'on commence quelque chose si on aura le temps de le terminer. Ainsi finirais-je d'écrire le roman dont je construis actuellement  le scénario ?
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  • Jeune on veut construire un nouveau monde, adulte y faire son trou, vieux retrouver son lit.
  • Jeune on fait du sport pour se muscler, adulte pour se maintenir en forme, plus tard on évite d'en faire pour ne pas se casser.
  • Jeune on fait l'amour n'importe où et n'importe quand; adulte le désir est plus organisé et fantasmé; plus tard  on s'assure du confort et on patiente.
  • Jeune, l'amour est d'abord une ardeur, adulte un désir de l'autre et enfin une tendresse.                                                                                    ---

Conclusion.

 Quand je me retourne, je vois un long chemin parcouru...pour n’arriver nulle part. Si ma bonne étoile m'oubliait, je ne ferais pas un bon vieillard.

Je rassure les amis qui liront cet article jusqu'au bout: Non, je ne déprime pas. Enfin, pas plus que d'habitude ! :-)

Une bonne nouvelle pour finir et prouver que tout va bien: mon livre sur l'histoire de Chaudun paraîtra en septembre 2016 chez un éditeur sérieux et professionnel. Maintenant je m'inquiète pour celui sur l'île de Nantes qui cherche encore preneur.  Si j'ai crié à la naissance, c'est que je stressais déjà, trop tard maintenant pour me soigner !



samedi 4 avril 2015

Il est parti !

Voilà, ce matin il est parti ! Ce n’est pourtant pas mon premier, mais c’est à chaque fois pareille. L’absence de l’enfant crée implacablement un vide aussi soudain que pesant. Pendant des mois nous avons vécu ensemble. Il n’y a pas eu de jour que je n’ai veillé sur lui, le voyant ainsi se développer, progresser et prendre peu à peu de l’ampleur. Combien de nuits me suis-je également occupé de lui ? Il m’avait envahi l’esprit jusqu’à l’obsession et je n'avais de cesse d'imaginer pour lui de nouveaux projets. Il ne me reste, à l’instant, qu'un grand manque et une foule d’interrogations.


Il est parti vivre sa vie, mais était-il assez mature ? N’était-ce pas  trop tôt ? Ne fallait-il pas le choyer un peu plus longtemps ? Il avait grandi bien vite, trop vite, peut-être ? Est-il assez bien armé pour affronter cette épreuve ? N’aurais-je pas dû gommer encore quelques défauts et davantage renforcer ses qualités ? N'en ai-je pas fait parfois trop ? Parfois pas assez ? Parfois pas assez bien ? J’ai beau me dire que j’ai fait tout ce que je pouvais pour lui, je me sens responsable de son avenir. Parent, c'est pour la vie !

Oh ! Il n'est pas parti sans retour ! Il reviendra. Et puis, il fallait bien qu’un jour il quitte le nid pour affronter cette première expérience !
De cette épreuve, il en ressortira amaigri, mais plus fort, plus mature. C'est ainsi qu'on se forge une personnalité. Enfin, s’il en survit ! C'est moi qui ai choisi le jour et l'heure. Je ne l'ai pas mis à la rue; il est maintenant dans les mains d’une brigade que je connais bien. D’ailleurs, son grand frère a suivi le même parcours, qui lui a fait beaucoup de bien.

 J’ai donc appuyé sur "enter" et plouf... il est parti, chez d’impitoyables correcteurs ! Le premier examen de sa vie, sa vie de roman. Un peu plus tard, s’il a un peu d’étoffe, il en subira un autre, plus difficile encore, celui de l’éditeur. S'il passe cette étape, où beaucoup sont recalés, alors,  alors seulement, il pourra aller à la rencontre de ses lecteurs, puisque tel est sa quête.

Je me fais du souci pour lui, mais j'ai foi en lui. Qui voudrait ne pas croire à la réussite des aspirations de ses enfants ?

Au fait, je ne vous ai pas dit ! Pour l'instant il s'appelle " Les folles et burlesques journées de l'île de Nantes"... mais il se pourrait qu'il change de titre. Il lui faudra peut-être un autre nom de scène ! Vous avez une idée ?